Communautés autochtones du Pérou : revendications et identité

Entretien avec la géographe Évelyne Mesclier

 

Évelyne Mesclier est géographe et directrice de recherche à l’IRD (Institut de Recherche pour le Développement), spécialiste de l'Amérique latine andine. Elle a dirigé l'Institut français d'études andines à Lima au Pérou entre 2016 et 2020. Entretien par Marc Terrisse.

Comment les autochtones péruviens sont-ils aujourd’hui définis par les autorités ?

Évelyne Mesclier : Pendant longtemps, seuls les gens de l’Amazonie ont été considérés de la sorte mais les habitants de la Cordillère essaient de se faire reconnaitre en tant que tels. Cette définition revêt des aspects à la fois symboliques et politiques. La convention 169 de l’Organisation Internationale du Travail datant de 1989, signée par le Pérou, reconnait l’existence de peuples autochtones qui jouissent de droits territoriaux. La convention stipule la nécessité de les consulter quand on réalise des aménagements. Il n’y a cependant pas vraiment de définition officielle. Des citadins vont se considérer comme autochtones amérindiens au regard de leurs origines et d’autres, non. Il y a une question de perception et de sentiment mais aussi de regard des uns sur les autres.

Comment ces populations autochtones sont-elles organisées sur le plan politique ?  

Évelyne Mesclier : Au Pérou, les citoyens s’organisent par communautés paysannes. Ces communautés correspondent à un territoire défini. Ce sont à la fois des unités de gestion et des unités politiques, peu intégrées dans le processus de décentralisation, et qui se superposent avec l’échelle municipale. Des personnes y sont élues comme dans les municipalités. Si ces dernières s’occupent de la ville, les communautés se consacrent aux zones rurales. Dans ces communautés rurales, les gens sont généralement des autochtones mais ce n’est pas toujours le cas.

Il y a par ailleurs une conscience politique des populations qui s’autodéfinissent comme indigènes, même des urbains. Ceux-ci ne sont pas organisés en communautés mais se reconnaissent par rapport à une langue ou parce qu’ils possèdent des terres dans leur région d’origine. Au Pérou, on note une dynamique autochtone moins forte qu’en Équateur ; mais les révoltes qui ont débuté en décembre 2022 ont marqué un sentiment d’appartenance à une même classe, à une même communauté politique. Les sentiments d’appartenance étaient moins marqués jusque-là au Pérou. Il y a à présent une ethnicisation des conflits en cours. En parallèle, on note une résurgence de l’usage du quechua, deuxième langue du pays avec 6 millions de locuteurs. Une vingtaine d’années en arrière, les gens avaient honte de s’exprimer dans cette langue qui connaît désormais un processus de reconnaissance linguistique. Un écrivain comme Pablo Landeo n’écrit par exemple qu’en quechua, une manière de lutter pour sa renaissance.

Comment les populations autochtones sont-elles associées dans l’exploitation des ressources naturelles et plus largement dans le partage des richesses ?

Évelyne Mesclier : Le Pérou est depuis plusieurs années marqué par une abondance de projets miniers. L’activité minière est à ce jour la principale source de devises et une activité indispensable pour le pays. Il y a des mines exploitées par de grands industriels et d’autres de taille modeste, souvent portées par des communautés et offrant des conditions de travail périlleuses.

L’exploitation des mines, grandes ou petites, fait l’objet de nombreux conflits avec les communautés autochtones. Il y a des projets gelés, compte tenu des revendications et du climat de révoltes permanent depuis 2022, en particulier dans la Cordillère. Une partie de la population locale s’oppose à de nouvelles ouvertures. Elle pointe les problèmes de pollution de l’eau et craint un risque d’empoisonnement des troupeaux. Une autre partie de la population soutient ces projets de mines. Elle espère pour sa part des créations d’emplois et d’autres retombées avec le développement d’activités connexes, d’autant que les populations concernées sont souvent pauvres. Le gouvernement offre de son côté des compensations financières pour soutenir les projets. Une phase d’âpres négociations avec les parties prenantes précède l’ouverture d’une mine.

Au-delà des mines, existe-t-il d’autres domaines qui offrent des opportunités de développement aux communautés autochtones ?

Évelyne Mesclier : Le tourisme est un autre levier de développement pour les communautés autochtones du Pérou. Au niveau des infrastructures de l’hôtellerie et de la restauration, si les grandes chaînes internationales sont présentes à Cuzco, le tourisme gastronomique valorise des produits issus d’une agriculture paysanne jadis décriée. Le quinoa, le cochon d’inde, des plantes comestibles, des variétés de pommes de terre jusque-là oubliées et des aliments traditionnels s’invitent sur les tables des grands restaurants de Lima. Cette gastronomie péruvienne reconnue internationalement a essaimé aux États-Unis, en Colombie, au Chili, en Argentine et ailleurs. Le chef Gaston Acurio s’est transformé en ambassadeur de cette cuisine. Depuis Lima, on observe cette tendance consistant à redécouvrir des rituels, des produits, un patrimoine qui valorise les communautés et leurs richesses.

Crédits photos : © Choupi 33 © Mesclier © Visual Communications

Évelyne Mesclier

Née en 1964, Évelyne Mesclier est une géographe et universitaire française. Directrice de recherche à l’Institut de Recherche pour le Développement, spécialiste de l'Amérique latine andine, elle a dirigé l'Institut français d'études andines à Lima au Pérou entre 2016 et 2020.

Évelyne Mesclier autochtones Pérou

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Les communautés autochtones du Pérou

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