Groenland : les pionniers de l’exploration polaire

C’était le grand défi géographique de la fin du XIXe siècle, la dernière frontière, le dernier monde à découvrir : l’exploration des pôles. Les premières explorations polaires au tout début du XXe siècle se soldent par des échecs après nombre d’expéditions tragiques. Après de multiples tentatives pour atteindre le pôle Nord, l’exploit est réalisé dans les années 1930. Ce but une fois atteint, l’exploration des pôles se muera en missions polaires qui prendront alors un caractère ethnographique et scientifique.

Exploration polaire : les tentatives américaines

L’exploration de l’Arctique au-delà des cercles polaires, communément appelée l’exploration polaire, est toujours apparue comme un défi, une aventure pour de nombreux explorateurs à cause des conditions climatiques extrêmes de ces régions. Longtemps, le fait d’atteindre physiquement le pôle Nord a constitué un but en soi. Les premiers à revendiquer cet exploit sont américains. Lors de sa huitième et dernière expédition en traîneau à chiens, Robert Peary affirme avoir conduit la première expédition polaire qui aurait atteint le pôle Nord le 6 avril 1909. Dès son retour, il suscite la polémique avec Frederick Cook, qui, lui aussi affirmait avoir atteint le pôle Nord, mais le 21 avril 1908. Toutefois, leurs exploits respectifs ne seront pas homologués faute de relevés de position exacts et à cause de nombreuses imprécisions dans leurs récits.

Exploration du pôle Nord par les airs

Les premiers à survoler le pôle Nord sont norvégiens et italiens : Roals Amundsen, l’explorateur polaire norvégien s’associe au pilote et constructeur de dirigeable italien Umberto Nobile. Parti du Spitzberg le 23 mai 1926 à bord du dirigeable Norge, l’équipage international s’envole en direction du pôle Nord qui sera survolé pendant une heure, un jour plus tard. Deux jours plus tard, ils arrivent en Alaska après un périple de 5300 km. Le soviétique Ivan Papanine se posera au pôle Nord en avion en 1937.

L’exploration polaire : une passion française

En France, l’exploration polaire doit tout à l’officier de marine, navigateur, explorateur, boxeur et iconoclaste Jean-Baptiste Charcot. Il révolutionne la discipline en lui apportant un caractère scientifique. La France est au début du XXe siècle une grande nation exploratrice, davantage tournée vers l’Antarctique il est vrai. En 1925, alors élu membre de l’Académie des sciences, Charcot se voit confier une mission polaire de reconnaissance à bord du Pourquoi pas ?. Il navigue le long de la côte orientale du Groenland dont il effectue un relevé cartographique et rapporte en France fossiles, insectes et échantillons de la flore locale, ce qui permet la découverte de nombreuses nouvelles espèces. Il fera aussi des relevés de salinité, des sondages océanographiques, des relevés météorologiques, une étude des marées et du magnétisme. Cette approche au-delà du simple exploit ouvre la voie aux explorations polaires à caractère ethnographique et scientifique. À partir de 1930, Charcot prépare l’année polaire internationale, signe de l’engouement de l’époque pour ces découvertes. Il mourra en mission en 1936 dans le naufrage de son navire.

Paul-Émile Victor, l’explorateur ethnologue

Le Groenland n'est en 1934 qu'une tâche blanche, peu et mal cartographiée. Les autorités danoises de tutelle n’autorisent que de rares expéditions scientifiques pour étudier ce territoire polaire et sa population. Autant de mystères attirent un jeune diplômé du musée d’ethnographie du Trocadéro à Paris, épris d'aventures. Paul-Émile Victor, 26 ans, est candidat. Pour exposer son projet audacieux, le jeune apprenti ethnologue demande audience auprès de Charcot. Il compte mener une expédition polaire à caractère ethnographique au Groenland oriental durant un an pour étudier ces Esquimaux (la dénomination de l’époque pour désigner les Inuits) afin notamment de constituer une collection pour le musée du Trocadéro encore inexistante. Devant tant d'aplomb et d'enthousiasme, Charcot est conquis et accepte d’embarquer celui qu'il appelle « le phénomène ». Le « gentleman polaire » apporte même son plein soutien et sa caution à cette expédition polaire qui est un succès. L'immersion du jeune Victor et de ses trois compagnons au sein de la société Ammassalimiut du Groenland est en effet intense. De leur séjour, ils ramèneront une mine d'informations sur ce peuple de chasseurs et pêcheurs, dont les traditions et les croyances chamaniques sont en voie d'extinction. 3500 pièces ethnographiques, 250 chants traditionnels enregistrés, des enquêtes scientifiques, un film ethnologique, 8000 photographies… La moisson est impressionnante.

Cette « ethnographie amoureuse », comme il aime à la qualifier, Paul-Émile Victor sait la raconter à Paris, dans les journaux ou lors de ses conférences qui captivent le public. Sa carrière est lancée et se poursuit par une traversée d’ouest en est de l’immense calotte glaciaire du Groenland. Il compte cette fois s'installer avec sa famille adoptive et la belle Doumidia à Kangerlussuatsiaq. Le premier village et le poste de transmission sans fil (TSF) le plus proche sont à 250 km. In situ, l'ethnologue-explorateur partage le quotidien précaire et authentique de sa famille d’adoption. Surtout, il poursuit sa méticuleuse enquête en écrivant et en dessinant tout ce qu’il peut de cette « civilisation du phoque ». Plus que la glace ou le climat, Paul-Émile Victor s'intéresse à leurs modes de vie et à leurs traditions.

Les grandes missions polaires d’après-guerre

Février 1947. Paul-Émile Victor entreprend cette fois de mener des explorations polaires d'envergure au nom de la science et de son pays, en y intégrant de nouvelles techniques venues d’Amérique et avec l’appui de moyens mécanisés (avions, hélicoptères ou chenillettes). Avec la complicité de fidèles compagnons, on crée en février 1947 les Expéditions polaires françaises (EPF), une structure destinée à organiser des campagnes d’explorations scientifiques au Groenland.

L'Arctique suscite alors l'intérêt des grandes puissances. Russes et Américains s'y font face et s'observent depuis leurs bases aériennes ou météorologiques avancées respectives. Plus pragmatiques et débrouillards, Victor et les Français entreprennent d'installer une base au centre du Groenland pour observer durablement et pendant plusieurs mois ce milieu hostile et encore inconnu. Cette entreprise ravit les décideurs à Paris et l'opinion publique. 150 explorations polaires seront organisées de 1947 jusqu’à 1976 au Groenland et en Terre-Adélie. 5000 hommes, dont 2500 scientifiques vont participer à ces campagnes d’exploration en Arctique et en Antarctique. Des découvertes majeures vont être réalisées notamment en matière de glaciologie.

Les mission polaires d’aujourd’hui

Aujourd’hui encore les pôles ont à nous apprendre notamment sur le climat passé et à venir. Les EPF - devenues l’Institut polaire français Paul-Émile Victor (IPEV) depuis 2002 - continuent d’envoyer sur le terrain nombre de scientifiques épaulés par des logisticiens, principalement en Terre-Adélie et dans les Terres australes et antarctiques françaises (Taaf). On y étudie la paléoclimatologie - l’étude du climat passé par des forages dans la calotte glaciaire -, les effets du réchauffement climatique sur la fonte de la banquise, la couche d’ozone, l’effet de serre, la composition chimique de l’atmosphère. Un savoir-faire à la fois logistique et scientifique éprouvé qui fait de la France une nation polaire à part entière.

Crédits photos : © Tyler Olson © Erectus © Tarpan

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