Naviguer en Patagonie par André Yul Bronner

« Les éléments sont présents, puissants, impressionnants et grandioses »

 

Grand connaisseur de la Patagonie chilienne, André Yul Bronner est navigateur et aventurier, auteur du livre Le Phare du bout du monde, paru chez Glénat. Entretien par Marc Terrisse.

Dans quelles circonstances avez-vous découvert les côtes du Pacifique sud-américaines, celles du Pérou  et du Chili en particulier ?

André Yul Bronner : Les courses de voile transocéaniques de l'hémisphère nord ont lieu plutôt à la belle saison, ce qui me laissait du temps l'hiver. J'avais des amis qui faisaient du charter à partir d'Ushuaia, j'ai embarqué avec eux en échange d'un coup de main. J'ai découvert les canaux de Patagonie, le cap Horn, Punta Arenas, Puerto Natales… un magnifique voyage entre Pacifique et Atlantique. J'ai aussi pu aller en Antarctique comme ça. Découvrir les côtes découpées de ces régions m’a donné envie d’explorer la terre ferme. Plusieurs années après mes premiers mouillages dans les ports de la région, je suis remonté à vélo avec ma femme d’Ushuaïa à Lima le long du Pacifique. Ce fut une expérience inoubliable. Je rêve de pédaler dans d’autres zones entre la Cordillère et le Pacifique.

Comment caractériseriez-vous ces endroits ? Quels souvenirs en conservez-vous ?

André Yul Bronner : La zone vraiment tout à fait au sud, située entre la Terre de Feu, la pointe méridionale du détroit de Magellan et la Patagonie, est à la fois terrible et fabuleuse. Les éléments sont présents, puissants, impressionnants et grandioses. Cela vous oblige à une certaine humilité et vous montre que l’être humain est peu de chose. Ce sont des régions où il n'y a personne en dehors de grandes zones urbaines comme Ushuaia, Rio Gallegos ou Punta Arenas. La Patagonie chilienne a par ailleurs de faux airs de Bretagne avec beaucoup plus de relief et d’impressionnants fjords.

De Rio Gallegos, on peut naviguer jusqu'à Puerto Montt par les canaux, une bien belle et longue navigation au milieu des glaciers étonnants par leurs couleurs, entrecoupée de mouillages paisibles au milieu d’une végétation abondante, luxuriante et ponctuée de villages très isolés, le bout du monde en quelque sorte.

Pour la zone intermédiaire, jusqu'à Valparaiso disons, c'est plus navigable, agréable car on a moins besoin d’être attentif aux glaciers. Valparaiso est une ville que j’adore, qui a du caractère et une ambiance particulière. Une vraie ville de marins. Plus au nord, au-delà du trait côtier et de quelques vallées, c'est le désert. Plutôt le domaine des surfeurs. Mais le contraste entre l’azur de la mer et les dunes à perte de vue vaut le détour.

Vous avez dédié une partie de vos expéditions à la Patagonie ; pouvez-vous nous raconter votre histoire d’amour avec cette région ?

André Yul Bronner : Plus que la Patagonie, qui est immense, mon histoire d'amour se concentre sur la Terre de Feu : Puerto Natales, Punta Arenas, El Chaltén, le cap Horn, les canaux, et bien sûr aussi Ushuaia et l'île des États. Le côté vierge des choses est saisissant. On peut encore trouver des endroits qui n'ont jamais été foulés par l'homme. C'est ce que je me disais souvent lorsque je suis resté pas moins de deux mois tout seul sur l'île des États.

Avez-vous noué des relations particulières avec les populations autochtones ?

André Yul Bronner : Dans les régions très peu peuplées, le contact est souvent facile, immédiat. Surtout lorsqu'on est en situation de faiblesse (à pieds, à vélo). Les gens sont accueillants, ils essaient de vous aider. Les moments partagés sont forts. En voilier, lorsque nous mouillions au fond d'un fjord et qu'arrivait un bateau de pêcheurs, c'était la fête !

Que recherchez-vous dans votre quête d’aventure ? Qu’est-ce qui vous fait exister, saliver lors de vos expéditions ?

André Yul Bronner : Je cherche des endroits loin de tout où le mystère et l'aventure s'unissent. L'appel de l'inconnu est irrésistible. J'aime avec ma femme partir à l'aventure comme descendre l'Irrawady en kayak, visiter l'Uruguay à cheval ou faire le tour de la Nouvelle-Zélande à vélo.

Avez-vous constaté des transformations dans les régions traversées ces vingt dernières années ? Si oui, lesquelles ?

André Yul Bronner : En raison du réchauffement climatique, j'observe sur une île que je connais bien, l’île des États où je suis allé pour la première fois en 1993, et depuis périodiquement, que la végétation est beaucoup plus sèche qu'avant. Je remarque aussi que depuis qu'Internet existe, des endroits d'une beauté étourdissante, quasiment inconnus il y a 30 ans, sont désormais surpeuplés de touristes, surtout Punta Arenas et Puerto Natales. Je note aussi une prolifération des animaux importés : les cerfs, les chèvres ou les rats. Tout cela crée des déséquilibres difficiles à contrebalancer.

Si vous deviez retourner une dernière fois sur les côtes du Pacifique en Amérique du Sud, quelle région aimeriez-vous parcourir à la voile ? Pour quelles raisons ?

André Yul Bronner : Naviguer dans les canaux de Patagonie mais en hiver. Il paraît que c'est magique sous la neige.

Quels conseils donneriez-vous aux voyageurs ?

André Yul Bronner : D’observer la nature pour mieux l’aimer, la respecter et la préserver.

Crédits photos : © B. Desprez © Erlantz Pere © Fabideciria

André Yul Bronner

Grand connaisseur de la Patagonie chilienne, André Yul Bronner est navigateur et aventurier, auteur du livre Le Phare du bout du monde.

André Yul Bronner Naviguer en Patagonie

Vous aimerez cette croisière

Croisière Patagonie chilienne
Croisière Patagonie chilienne
Amerique

Expéditions

Croisière Patagonie chilienne
  • Vol inclus
  • 15 jours / 12 nuits

Découvrez : Patagonie, Chili

Prochain départ :

24/10/2024

  • Départs disponibles :
  • 2024 : Octobre

Voyagez à bord du :

World Explorer

World Explorer

À partir de

7890 €

André Yul Bronner, un navigateur en Patagonie

Copyright © 2024-present Magento, Inc. All rights reserved.